Algérie : sauver Ghardaïa


Encore une fois, le régime algérien a fait preuve de son impuissance à instaurer la sécurité dans le pays, et qu’il n’excelle que dans le recours à la répression. Les derniers incidents de Ghardaïa, la semaine dernière, entre Amazighs mozabites et Arabes chaâmbas, qui ont fait 24 morts dont 19 Mozabites et 5 Chaâmbas, en disent long. Les appareils de l’État sont incapables de faire face aux hors-la-loi terrorisant la population, en utilisant des armes à feu et en bénéficiant d’une grande passivité des policiers.

Enterrement des 11 victimes mozabites à Guerrara. Photo : Mokhtar Hadj Saïd/ New Press

Tout le monde s’accorde à dire que le gouvernement algérien à une part de responsabilité dans la situation à Ghardaïa. Car il aurait pu tordre le cou à cette crise dès son éclatement en 2008, moyennant une approche socio-économique. Malheureusement, les autorités publiques ont opté à plusieurs reprises pour la force, une chose qui a pesé lourd dans les rapports internationaux sur les droits de l’homme. Le dernier rapport en date est celui du département d’État américain. Il a met l’accent sur plusieurs violations des droits humains par Alger : des violences policières, impunité des forces de l’ordre, entre autres.

Dans des photos publiées par des cyberactivistes, la complicité des forces de l’ordre avec les Chaâmbas est clairement affichée.

Ghardaïa

Une inscription arabe sur un mur disant : « Vive les Chaâmbas , tous les Amazighs sont des chiens ». Photo : lafriqueadulte.com

En 2014, lors d’un autre épisode des affrontements sanglants entre les mêmes communautés à Ghardaïa, une vidéo amateur publiée sur You Tube montre des jeunes dans des ateliers de la fabrication d’armes blanches et ce, sous les yeux des éléments de la police.

La crise de Ghardaïa ( en berbèreGhardaïa in Tifinagh.svg) n’est pas née le 6 juillet dernier,  il y a eu déjà des confrontations en 2008. Les raisons de ce conflit ne peuvent pas être réduites à un conflit « intercommunautaire », comme le laissent entendre de nombreux médias arabes et internationaux. Bien au contraire, ces incidents sont en réalité la résultante de la marginalisation économique et de l’absence de l’État dans cette wilaya située à 600 km au sud d’Alger.

Le site d’information arabophone Sasa Post, de son côté, n’écarte pas la possibilité que les heurts qui ont agité Ghardaïa, soient dus aux guerres intercommunautaires ravageant actuellement le Moyen-Orient. En effet, le journal électronique Algérie-focus rapporte que ces incidents sont l’effet des mois de propagande meurtrière menée par des imams salafistes contre les Mozabites. Ainsi, ils ont qualifié les mozabites de « koufars » (impies), menaçant la religion des Algériens. Pire encore, des extrémistes ont scandé des slogans de haine durant des manifestations à Ghardaïa, comme « les Mozabites sont les ennemis de Dieu!

Nombreux étaient également les islamistes et leurs sympathisants qui se sont mobilisés contre le rite des Mozabites sur les réseaux sociaux. Ahmed Chouchane, un islamiste réfugié au Royaume-Uni, après sa sortie de la prison, est l’un d’entre eux. Ce dernier s’est donné pour mission d’alimenter les tensions entre les deux communautés, qui vivaient jadis en harmonie.

Au moment où les militants des droits de l’homme s’attendaient à ce que les autorités algériennes ordonnent l’arrestation immédiate des islamistes ne ménageant aucun effort pour inciter à la violence, le DRS (le service de renseignement algérien) arrête l’activiste Kamel-Eddine Fekhar, avec 25 d’autres militants de la cause mozabite.

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Kamel-Eddine Fekhar. Photo : lematindz.net

L’acharnement des autorités algériennes contre Kamel-Eddine Fekhar est dû à sa demande à l’ONU d’intervenir pour enquêter sur les événements de Ghardaïa. Les locataires d’El Mouradia reprochent à M. Fekhar, en outre, d’être un séparatiste et un ennemi de l’Algérie. Rappelons que Kamel-Eddine Fekhar et ses compagnons ont été entendus le 15 juillet par le juge d’instruction du tribunal de Ghardaïa. Et sans surprise, ce dernier n’a pas hésité à leur accoler une série d’accusations graves comme l’atteinte à la sûreté de l’État, l’atteinte à l’intégrité du pays, ou encore l’incitation au séparatisme, entre autres accusations injustes, selon l’agence kabyle d’information  Siwel.

Pour les autorités algériennes, les événements de Ghardaïa sont orchestrés par des pays étrangers, dont le Makhzen marocain. L’objectif : semer le zizanie en Algérie. Selon la chaîne Ennahar, le mouvement autonomiste mozabite, chapeauté par Fekhar, est financé par « la plus haute autorité du royaume » (le roi Mohammed VI). Et on a droit de se demander si un pays très attaché au wahhabisme saoudien, le Maroc, est devenu aussi fou pour soutenir des mouvements indépendantistes amazighs, majoritairement laïcs.

En attendant la libération de Kamel Fekhar et ses amis, qui n’ont fait que réagir légitimement à la marginalisation et aux violences dont sont victimes leurs compatriotes, je souhaite du tout mon cœur que les autorités algériennes tirent des leçons de cette crise de Ghardaïa pour mettre un terme au conflit dans cette wilaya, , en adoptant cette fois-ci une approche socio- économique, voire culturelle. Car les révolutions arabes nous ont enseigné que des solutions basées sur un fondement sécuritaire pour des problèmes purement sociaux sont toujours vouées à l’échec. Et bien entendu, personne ne peut prévoir les conséquences du recours à la force. Les Égyptiens en savent quelque chose.

À bon entendeur !

Vous aussi, dites non à l’incarcération des activistes mozabites. Oui à l’arrestation des vrais criminels, en signant une pétition en ligne, qui sera envoyée plus tard à l’attention du secrétaire général des Nations unies, M. Banki-moon, ici.

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