Le royaume chérifien, le pays qui a déçu tout le monde 1



J’ai grandi dans le Maroc dit « inutile », celui des montagnes et de l’isolement. Dieu sait combien la vie est dure là-bas ! En tout cas, nous nous sommes habitués à ce mode de vie, comme nos ancêtres l’ont fait avant nous. Parfois, je me demande s’il n’est pas injuste de voir le jour dans l’une des régions les plus marginalisées du royaume chérifien, une région qui n’a rien à envier au Rif, où la population appelle depuis 7 mois à la justice sociale .

Nos religieux prêchent jour et nuit que celui qui s’indigne à propos de son destin et qui s’indigne aussi contre l’injustice est un mécréant. La raison ? Vivre dans le besoin est un test créé par le divin. Et ils ajoutent que d’autres nations nous envient, nous les Marocains, car la sécurité règne dans notre pays. C’est pourquoi ils nous invitent constamment à prendre des leçons de la situation tragique en Syrie et en Irak par exemple. Pour nos religieux, qui sont  désormais des fonctionnaires publics à part entière, la quiétude n’a pas de prix. Ils disent en outre que le Maroc est l’un des rares pays où le pain est peu cher.

Certes, nous n’avons pas intérêt à l’effondrement de notre patrie et nous ne voulons pas non plus de chaos. Mais n’avons nous pas le droit de savoir pourquoi un pays qui déploie des hôpitaux militaires à l’étranger n’arrive pas à soigner ses propres citoyens ?  Le décès tragique de la fille Idya, en avril dernier, témoigne d’une situation anormale. Cette enfant est morte à cause du manque de matériel dans l’hôpital le plus proche de son village, qui se trouve à 500 km de là…


Au royaume chérifien, le « makhzen » qualifie les militants descendant dans les rues pour dénoncer la hogra de « séparatistes », voire de « semeurs de zizanie ». L’objectif : justifier le recours à la répression à leur égard et, du coup, étouffer la contestation qui agite la région du Rif. La situation est en effet tendue depuis la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson écrasé dans une benne à ordures le 28 octobre 2016, sous les yeux des autorités.

 

Aujourd’hui le pays a retrouvé son calme après une série de manifestations pacifiques, dispersées sans ménagement, en plein ramadan, et perturbées par des baltagia (violeurs). Des militants et des blogueurs ont été arrêtés. Le pire, c’est que la justice marocaine a prononcé des sentences lourdes à l’encontre de plusieurs de ces détenus en un temps record. On peut dire que le soi-disant modèle démocratique marocain a montré son échec. La police a humilié les citoyens lors des contestations qui ont eu lieu dans plusieurs villes.

Les médias officiels, qui sont financés par l’argent des contribuables marocains, et qui sont censés défendre leurs causes, n’ont ménagé aucun effort pour diaboliser les activistes en leur accolant de fausses accusations. Par exemple, ils ont accusé à tort le leader du mouvement de contestation au Rif (le Hirak), Nasser Zafzafi, d’avoir reçu de laide de l’Iran. Autant d’allégations qui ont servi de prétextes pour mener une campagne d’arrestations massive.

L’arrestation de l’activiste Zafzafi et de ses camarades, au lieu de chercher des solutions aux revendications légitimes des citoyens, a fait montre du retard démocratique du Maroc, ce pays qui méprise encore ses citoyens. Autre contradiction, comment peut-on expliquer l’envoi d’avions chargés de produits alimentaires depuis le royaume vers le pays le plus riche du Golfe, le Qatar, au moment où nos compatriotes crient famine dans les montagnes ?

Où va le Maroc ?

Le constat est amer : cela va de mal en pis. Mais, Dieu merci, les forces vives du pays sont déterminées plus que jamais à militer corps et âme pour implémenter un vrai modèle démocratique au Maroc, ce pays où l’injustice bat son plein et qui va droit dans le mur.

 

Le makhzen et la démocratie sont incompatibles.

 

 

 


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