Le cinéma du monde à Marrakech, Que demande le peuple?

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14 décembre 2014

Le cinéma du monde à Marrakech, Que demande le peuple?

 

Les fans d’une station radio partenaire du Festival International du Film de Marrakech 2014        (©Le Jeune Maghrébin)

Alors que certains responsables s’amusent à vendre les aides humanitaires destinées aux sinistrés des dernières inondations, les policiers continuent à disperser violemment les manifestations pacifistes des jeunes chômeurs… Le Festival International du Film de Marrakech (FIFM) invite tous les cinémas du monde dans un pays qui doit d’abord éduquer les gens à apprécier  à sa juste valeur le  neuvième art.

Un festival international digne de ce nom, comme Cannes, est un festival qui respecte tout d’abord le citoyen et lui donne envie d’aller au cinéma. La preuve, pour obtenir un badge d’accès qu’on a commandé en ligne, il a fallu attendre  2 jours après la cérémonie d’ouverture pour recevoir enfin une confirmation de notre inscription à la 14ème édition du Festival International du Film de Marrakech.

Pour retirer le  badge en question, il va falloir faire la queue devant le Théâtre Royal. Il convient de rappeler que les non-inscrits via Internet, eux, étaient condamnés à attendre debout sous le soleil.

Des citoyens qui font la queue pour obtenir un badge d’accès au festival

Une fois dans les salles de projection, le vrai connaisseur du cinéma se rend vite compte que c’est vraiment très honteux de qualifier ce festival modeste d’international. La fouille dans les poches du public avant accéder aux salles de projection au Palais des Congrès où nous avons assisté à la projection du film La moitié du ciel, un film qui revient sur le calvaire du poète marocain Abdellatif Laâbi condamné à 10 ans de prison par le régime en place au Maroc dans les années 70, prouve combien les organisateurs manquent de professionnalisme. A vrai dire, c’est bien de fouiller pour vérifier si une personne ne transporte pas avec elle des objets constituant un danger pour la sécurité publique, mais c’est une pratique réglementée par la internationale.

Dans une salle de projection moderne, comme Le Colisée, force est de constater qu’un bon nombre de spectateurs manquent de culture cinématographique. Le résultat, les cinéphiles n’arrivent pas suivre les projections dans les bonnes conditions. La faute à qui? La faute à  ces festivals saisonniers qui n’encadrent pas le public et qui ne luttent pas pour l’intégration de l’audiovisuel à l’école.

La police marocaine dans une voiture de luxe

Durant ce festival, la police marocaine s’est aussi modernisée . Et à l’occasion de cet événement mondial, la police a préféré se concentrer sur la sûreté des invités du festival et celle des citoyens marocains ne la regarde pas. Effectivement, lors de la fin de la projection du film hongrois Mirage, le hasard a voulu que nous prenions un bus où il y avait 4 ivrognes. Pour sauver notre peau, on était obligé d’en descendre à la prochaine station , pour prendre le train 11.

Nous aurions aimé que les Japonais, les invités d’honneur de cette édition du FIFM qui s’est terminée hier , visitent l’autre Maroc, le Maroc profond où la corruption bat son plein. J’aurais aimé aussi que les Japonais jettent  un coup d’œil sur nos routes délabrées à cause de quelques gouttes de pluies. Ma foi, le neuvième art éduque le regard et enseigne la beauté, mais à quoi sert le cinéma à nos compatriotes qui crient famine dans nos villes et dans nos campagnes?

Des jeunes dansent en marge du Festival International du Film de Marrakech 2014 (©Youtube)

Le peuple demande du pain, une bonne éducation, le respect des droits de l’homme, la liberté d’opinion, la sécurité, la condamnation des détourneurs de fonds publics, l’application des articles de la nouvelle constitution… En attendant le réveil du peuple d’une longue léthargie, les festivals à visée de détourner l’attention du public des véritables problèmes sociaux et de le distraire, poussent chaque année comme des champignons.

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