Patrimoine massacré au royaume chérifien

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Patrimoine massacré au royaume chérifien

Au moment où le royaume fait de son mieux pour promouvoir l’image d’un Maroc moderne, plusieurs monuments historiques du royaume représentant l’authenticité de ce pays pleurent en silence.

Les kasbahs

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Kasbah dans le Sud marocain ©Le Jeune Maghrébin

Si vous demandez à un touriste pourquoi il est venu à la ville d’Ouarzazate, située dans le sud-est marocain, il est fort probable qu’il vous répondra qu’il est là pour découvrir la magie d’Aït-Ben-Haddou, une citadelle berbère parmi tant d’autres qui caractérisent ces régions du Sud marocain.

Malheureusement, l’effondrement des parties importantes du ksr d’Aït-Ben-Haddou, n’a pas alerté les autorités. Il s’agit pourtant de l’un des monuments les plus connus dans le monde. Il a été reconnu par l’UNESCO comme patrimoine mondial depuis 1987. C’est donc un signe fort que le patrimoine national est le parent pauvre des pouvoirs publics au Maroc. Effectivement, l’état de délabrement de la plupart des kasbahs dans le royaume en témoigne.

Il convient de rappeler que la chaîne allemande DW a consacré en janvier 2015 un article intitulé « Lutte pour le patrimoine culturel » qui évoque  l’état critique dans lequel se trouve une partie du patrimoine de l’humanité : Aït-Ben-Haddou. Pourtant, et les médias locaux, et les responsables, occupés ces derniers jours par les prochaines élections municipales, n’ont pas bougé d’un iota.

Kasbah Maroc
Kasbah détruite Maroc ©Le Jeune Maghrébin

Dans le même sens, le site Qantara voit que la sauvegarde de « cette perle de l’héritage marocain » est difficile, car elle est coûteuse. Et à lire l’article du site allemand, on dirait que le Maroc est un pays aussi pauvre au point qu’il ne peut pas financer la restauration d’une kasbah. Sachant que la Banque mondiale a accordé mercredi dernier un nouveau prêt d’une valeur de 200 millions de dirhams au royaume, selon Medi1 TV. Où va tout cet argent, c’est ça la question.

Pire encore, bon nombre d’habitants démolissent ces kasbahs pour bâtir à leur place des maisons en béton, sous prétexte que les bâtiments en terre en général , et les kasbahs en particulier, ne peuvent pas résister aux changements climatiques. La preuve, les dizaines de kasbahs qui se sont effondrées à cause de fortes tempêtes.

Kasbah Maroc
Kasbah Maroc ©Le Jeune Maghrébin

Cette idée reçue selon laquelle les maisons en terre sont fragiles est démentie par les recherches scientifiques en matière de l’habitat. En effet, il est prouvé que ces maisons sont écologiques, économiques et confortables. Selon le site Logement-durable-afrique.info, la main-d’oeuvre que la construction de ce genre de bâtiments nécessite peut seulement être considérée comme le principal inconvénient de l’utilisation de la terre comme matériau de construction.

Les remparts de Marrakech

Les portes de ces remparts construits au XIIe siècle par les Berbères de l’empire des Almoravides sont aujourd’hui occupées – et à notre grand regret- par les mendiants, par les SDF et par les vendeurs de sandwichs.

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Les remparts de Marrakech ©Le Jeune Maghrébin

Dans une ville cosmopolite comme Marrakech, pisser contre les remparts est un acte toléré. Car il n’y a pas de coins gratuits où le citoyen peut se soulager. Certes, il y a des toilettes dans les cafés avoisinants, mais elles sont payantes. C’est pourquoi les sans-abri, qui peinent déjà à trouver de quoi manger, recourent à ces monuments pour uriner. Et on a le droit de se demander pourquoi encore au Maroc du 21e siècle on a pas encore pensé à installer des toilettes gratuites pour mettre fin à une pratique qui nuit à notre patrimoine séculaire, à la santé publique et à l’image de notre pays.

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Les remparts de Marrakech ©Le Jeune Maghrébin

À vrai dire, les autorités ont investi une somme importante pour restaurer les remparts en question, mais cette démarche reste inutile dans la mesure où la préservation des monuments nationaux commence tout d’abord par l’école, la sensibilisation des Marocains par les partis politiques et les efforts de la société civile. Malheureusement, on ne voit ces partis qu’à l’approche des élections, certaines associations détournent des fonds publics et l’école survole la question du patrimoine.

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Les remparts de Marrakech ©Le Jeune Maghrébin

Pour terminer, le ministère de tutelle, le ministère de la Culture, doit assumer sa part de responsabilité quant au sort de ces kasbahs qui disparaissent jour après jour, de ces remparts et de tout autre monument en péril. À leur tour, les médias nationaux doivent mettre plus de lumière sur la situation de l’héritage historique de notre pays. Sans oublier le citoyen marocain qui est appelé aujourd’hui à déployer plus d’efforts pour qu’il soit digne du nom « citoyen ».

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