Le bombardement du Yémen vu par mon ami (2)

Article : Le bombardement du Yémen vu par mon ami (2)

Le bombardement du Yémen vu par mon ami (2)

Mon ami Mohammed n’imaginait pas qu’un jour il verrait l’enfer dans le monde ici-bas. En effet, cette guerre menée par la soi-disant coalition arabe contre son pays, le Yémen, sous couvert de la défense de la légitimité du président en fuite, Abd Rabo Mansour Hadi, lui a prouvé que les Arabes ne sont pas engagés au Yémen pour les beaux yeux du peuple yéménite, mais pour soumettre les siens et semer la zizanie entre eux. « La preuve, ajoute-t-il, c’est la livraison d’armes par les Saoudiens aux Houthis, sous prétexte d’erreur ». Et bien entendu, un journaliste averti, comme mon ami, ne peut pas avaler facilement une telle allégation, en sachant que la coalition arabe, soutenue par les États-Unis, est dotée d’une technologie de pointe.

Explosion Yémen
Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

 

Mohammed et ses amis, ces jeunes Yéménites qui s’étaient mobilisés en 2011 contre le dictateur Ali Abdallah Saleh, ont compris le jeu des Saoudiens : détruire le Yémen, faire durer le conflit entre leurs compatriotes et agenouiller leur patrie. Mohammed s’en prend violemment aux Arabes qui ont pris part à cette guerre contre le Yémen : ils déclarent que les miliciens Houthis utilisent les civils comme boucliers humains. Et pourtant, ils continuent de bombarder leur pays. En d’autres termes, notre ami semble dire aux Saoudiens : « Puisque vous savez déjà que la vie des civils est en danger, pourquoi vous n’arrêtez pas vos bombardements ? »

« Il n’y a rien de pire que de voir des enfants, des femmes et des vieillards crier de douleur »

Le 31 mars 2015, Mohammed était dans un hôpital à Dhamar, sa ville natale. Non parce qu’il était blessé comme nous avons cru, mais parce qu’il a répondu présent à son devoir du journaliste. Depuis ce jour-là, j’ai constaté que l’humeur de mon ami a beaucoup changé. Il est devenu de plus en plus violent, voire pessimiste. Il a même souhaité être touché par les bombardements et non pas de petits enfants innocents. « Il n’y a rien de pire que de voir des enfants, des femmes, des jeunes et des vieillards crier de douleur », s’indigne-t-il. Notre ami a ajouté qu’il a aussi vu des « morts-vivants» à l’hôpital.

Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

Dans l’intention de partager sa douleur avec nous, Mohammed nous a envoyé des images montrant les atrocités d’une guerre aveugle contre les Yéménites. Hier, ils vivaient en paix. Aujourd’hui, ils sont condamnés à se déplacer pour sauver leur peau. Même si les camps de déplacés ne sont pas épargnés par la guerre. Il convient de rappeler que nous ne pouvons pas publier toutes ces images par respect à la volonté de notre ami et à l’âme de ces enfants, qui ont payé au prix fort la bêtise d’un conflit purement idéologique.

« Toute ma vie, j’ai craint la guerre, de parler de la guerre et de son injustice 

Il faut tirer un coup de chapeau à ces jeunes qui se sont portés volontaires pour transmettre au monde le développement des événements au Yémen. D’après Mohammed, c’est la réalité qui leur a imposé de devenir des journalistes. Et d’ailleurs, ils n’ont pas opté pour ce métier pour gagner leur vie, étant donné qu’ils payent même l’hébergement des sites web de leur propre argent. Et ces jeunes sont de divers horizons. Il y a parmi eux des ingénieurs, des pharmaciens, des médecins, entre autres. Le point commun entre tous ces journalistes, c’est l’amour de la patrie et l’aspiration à la paix : « Toute ma vie j’ai craint la guerre, de parler de la guerre et de son injustice », ajoute Mohammed.

Crédit photo : groupe des photographes Yéménites contre la guerre sur Facebook

Il n’est pas étonnant que la plupart des sites indépendants au Yémen soient censurés par les rebelles. Puisqu’ils mettent la lumière quotidiennement et sur les massacres des Houthis eux-mêmes, et sur les crimes commis par la coalition arabe. Certes, la plupart des journaux électroniques comme Ayn Al Yemen,  travaille mon ami, Almashhad Al yemeni, le premier site d’information au Yémen, entre autres revues numériques indépendantes, sont censurés depuis l’éclatement de la guerre. Cependant, il y a mille façons de contourner la censure. Ils envoient quotidiennement leurs articles et images via Facebook à des compatriotes résidant à l’étranger pour qu’ils mettent à jour leurs sites. Ils ont même créé une banque d’images libres de droits, où ils rassemblent toutes les photos prises soit par des photographes volontaires, soit par des habitants. Leur tâche : distribuer ces images aux médias locaux en temps réel. Sans oublier leur souci de ne pas fournir des images qui se ressemblent à plusieurs sites.

En espérant l’amélioration de la situation dans ce pays qui nous est cher, le Yémen, nous allons continuer de suivre de l’intérieur, grâce à notre ami, cette guerre à la fois désastreuse et étonnante. Et ce conflit sera en outre un prétexte pour découvrir cette nation yéménite pas comme les autres, où le port d’armes selon notre correspondant Mohammed, est un symbole de virilité et de masculinité. D’où vient ce rapport particulier qu’entretiennent les Yéménites avec les armes ? Est- ce que le royaume saoudien va-t-il s’aventurer en lançant une opération terrestre contre le Yémen, puisque les rebelles Houthis ont gagné du terrain en dépit des frappes aériennes arabes ?

À suivre…

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Commentaires

Limoune
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Merci énormément Driss pour ce témoignage de l'intérieur, le traitement fait par les médias internationaux n'aide pas à aller au-delà d'un traitement binaire sunnite/chiite. Tous mes encouragement à Mohammed et autres amis, pris dans ce conflit qui nous renvoie à notre impuissance.

Le Jeune Maghrébin
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Merci à vous ! C'est notre devoir.