Maroc : entre répression et injustice
J’ai grandi dans le Maroc dit « inutile », celui des montagnes et de l’isolement. Dieu seul sait combien la vie y est rude ! Pourtant, nous nous sommes habitués à ce mode de vie, tout comme nos ancêtres avant nous. Parfois, je me demande s’il n’est pas injuste de voir le jour dans l’une des régions les plus marginalisées du royaume chérifien, une région qui n’a rien à envier au Rif, où la population manifeste depuis sept mois pour la justice sociale.
Nos religieux prêchent jour et nuit que s’indigner de son destin ou de l’injustice relève de l’impiété. Pourquoi ? Parce que, selon eux, vivre dans le besoin est une épreuve voulue par Dieu. Ils ajoutent que d’autres nations nous envient, nous les Marocains, car notre pays jouit de la sécurité. Ainsi, ils nous exhortent à prendre exemple sur la situation tragique en Syrie et en Irak. Pour ces religieux, désormais fonctionnaires de l’État, la quiétude n’a pas de prix. Ils insistent sur le fait que le Maroc est l’un des rares pays où le pain reste abordable.
Certes, nous ne voulons ni l’effondrement de notre patrie ni le chaos. Mais n’avons-nous pas le droit de comprendre pourquoi un pays capable de déployer des hôpitaux militaires à l’étranger peine à soigner ses propres citoyens ? Le décès tragique de la petite Idya, en avril dernier, illustre cette aberration. Cette enfant est morte faute de matériel médical dans l’hôpital le plus proche de son village, situé à 500 km…
Voici #Idya, petite fille de 3 ans, morte mardi après 470 km parcourus à la recherche d’un hôpital au #Maroc pic.twitter.com/UZr5aoeFPb
— Ouafaa (@Commentatrice) 14 avril 2017
Dans ce royaume où le pouvoir central est omniprésent, le « makhzen » qualifie les militants descendus dans la rue pour dénoncer la hogra de « séparatistes » ou de « semeurs de zizanie ». L’objectif est clair : justifier la répression et étouffer la contestation qui secoue le Rif. Depuis la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson écrasé dans une benne à ordures le 28 octobre 2016, la tension est palpable.
Au Maroc, les habitants du Rif manifestent pour plus de justice sociale depuis 2016. Silya Ziani, figure du mouvement, a été arrêtée hier. pic.twitter.com/okvjn8Ole6
— Brut FR (@brutofficiel) 6 juin 2017
Aujourd’hui, le pays semble avoir retrouvé son calme, après une série de manifestations pacifiques dispersées sans ménagement, en plein ramadan, et perturbées par des baltagias (voyous). De nombreux militants et blogueurs ont été arrêtés. Le pire, c’est que la justice marocaine a prononcé des peines lourdes à leur encontre en un temps record. On peut ainsi affirmer que le soi-disant modèle démocratique marocain a failli. La police a humilié des citoyens lors des manifestations qui ont éclaté dans plusieurs villes.
Les médias officiels, financés par l’argent des contribuables, censés défendre leurs intérêts, n’ont ménagé aucun effort pour diaboliser les activistes en leur attribuant de fausses accusations. Ils ont notamment prétendu que le leader du Hirak, Nasser Zafzafi, aurait reçu une aide de l’Iran. Autant d’allégations visant à justifier une vague d’arrestations massives.
La police marocaine fait usage de la violence à l’encontre des manifestants d’Al Hoceima https://t.co/oQA46oxnnM #Hirak #Zafzafi
— oscar de ezperenza (@DeOscarz) 8 juin 2017
L’arrestation de l’activiste Zafzafi et de ses camarades, au lieu de chercher des solutions aux revendications légitimes des citoyens, a fait montre du retard démocratique du Maroc, ce pays qui méprise encore ses citoyens.
Autre contradiction, comment peut-on expliquer l’envoi d’avions chargés de produits alimentaires depuis le royaume vers le pays le plus riche du Golfe, le Qatar, au moment où nos compatriotes crient famine dans les montagnes ?
Où va le Maroc ? Le constat est amer : cela va de mal en pis. Mais, Dieu merci, les forces vives du pays sont déterminées plus que jamais à militer corps et âme pour implémenter un vrai modèle démocratique au Maroc, ce pays où l’injustice bat son plein et qui va droit dans le mur.
Comme vous l’avez compris, le makhzen et la démocratie sont incompatibles.